Vous venez donner une conférence en janvier, à La Roche-sur-Yon, sur les dangers de la drogue. Elle est ouverte à tous. Cela veut-il dire que, malgré les mesures de prévention, il y a encore une évolution des consommations ?
Tout d’abord, je dirais qu’il est évident que tout le monde est invité à cette conférence. En tout cas, c’est ma position. On ne sépare les publics que dans certains cas précis, dans les lycées par exemple. Les parents et les jeunes n’y assistent pas ensemble, pour des raisons évidentes de confidentialité.
Je viens en Vendée où j’ai de nombreux contacts. Je suis souvent en lien avec différentes personnes avec qui j’aime échanger mes idées. Ensuite, entendre parler de nos jours de mesures de prévention me fait doucement rigoler. Il faut des mesures fortes pour éradiquer la drogue. Quelle que soit la couleur politique, malgré les signaux d’alarme et les efforts de certains élus, aucune action sérieuse n’a été mise en place en France.
D’un côté, l’éducation nationale mène sa propre politique dans le domaine. De l’autre, certains médias nous racontent n’importe quoi. En France, tout le monde se disperse. Les Suédois, eux, ont réagi dès 1975.
Qu’ont-ils fait en Suède ?
Le modèle suédois vient d’une constatation simple et brutale. Entre 1970 et 1980, les autorités se sont aperçues de l’évolution de la consommation de drogues, de la plus puissante comme de la moins puissante, et de leurs conséquences.
Là-bas, la surveillance de la santé publique est très bien gérée. Leur système est très rigoureux. Ils ont décidé d’agir et je peux vous dire que maintenant, ça ne rigole plus. Toute consommation de drogue est punie. Si on vous prend en train de fumer un joint dans la rue, vous êtes conduit au commissariat de police puis à l’hôpital. Votre séjour est prolongé si vous avez besoin d’être aidé et soigné sur le long terme.
Comment en sont-ils arrivés à des méthodes aussi radicales ?
La Suède est un pays où il y a beaucoup de ports. L’héroïne a vu sa consommation monter en flèche dans les années 70. En parallèle, les actes de violence, les vols, les meurtres eux aussi se multipliaient. Cela les a effrayés. Ils se sont dit qu’il fallait arrêter d’assister à ce suicide.
Ils ont aussi été les premiers à prouver qu’une personne qui a fumé entre trois et cinq joints dans sa vie accroît ses chances de déclencher une schizophrénie. Au-delà de cinquante joints, ce risque est multiplié par cinq. Étant donné le nombre actuel de consommateurs de cannabis en France, on peut s’attendre à avoir entre 80 et 100 000 schizophrènes en plus dans les dix ans qui viennent.
Héroïne, cannabis, mais on parle aussi du retour en force de la cocaïne. Comment expliquez-vous cette évolution inquiétante des consommateurs ?
Ce n’est pas un retour en force en France. C’est nouveau. Il y a toujours eu des consommateurs de cocaïne, dans les milieux littéraires puis dans la jet-set des années soixante-dix/quatre-vingt. Aujourd’hui, c’est grave, la cocaïne descend dans la rue. Le gramme est de moins en moins cher, elle se répand partout. Les trafiquants ont adopté la politique des supermarchés : répandre le produit partout, à prix accessible. Un gramme de cocaïne* coûtait 800 francs en 1980, il coûte aujourd’hui 50 euros.
* 1 g = 1 dose pour un toxicomane dépendant / 1 g = 5 doses pour un consommateur pas encore dépendant.
(Conférence du lundi 14 janvier 2008)